par Fairtrade Lëtzebuerg

D’un passé colonial à un présent Fairtrade

« Du temps de la colonie, l’agriculteur noir vivait comme un esclave, on nous donnait du travail et un peu de rémunérations, mais nous étions exclus de la société en général (...) Ce qui nous permet de vivre aujourd’hui de la culture du café, c’est la coopérative de café SOPACDI. En effet, la coopérative et le commerce équitable ont permis de payer correctement les producteurs qui n’ont alors plus eu besoin de traverser le lac Kivu vers le Rwanda. Nous nous réjouissons de cela. » - Ngaboyeka Kayani Albert

C’est avec ce témoignage historique émouvant d’une ancienne victime du colonialisme que la conférence de presse organisée conjointement par l’ONG Fairtrade Lëtzebuerg et le Musée national d’histoire et d’art Luxembourg intitulée « D’un passé colonial à un présent Fairtrade » a été lancée.

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Ladite conférence s’est inscrite dans le cadre de l’exposition « Le passé colonial du Luxembourg », qui aborde la question de l’implication et de la responsabilité du Luxembourg, sujet complexe, mais toujours d’actualité au Grand-Duché près de 100 après la signature du traité d’Union économique belgo- luxembourgeoise. Outre le contexte historique du sujet, la conférence a présenté plus concrètement les liens étroits entre le colonialisme, la production de café et l’impact du système Fairtrade, dont le soutien a permis aux producteurs de la coopérative de café congolaise SOPACDI de se développer considérablement et de se tourner vers un avenir résolument prospère.

Cet événement s’est effectué en présence de Jean-Louis Zeien, Président de l’ONG Fairtrade Lëtzebuerg, Michael Polfer, Directeur du Musée national d’histoire et d’art Luxembourg, Régis Moes, Conservateur du Musée national d’histoire et d’art Luxembourg et auteur d’un ouvrage sur la thématique du colonialisme « Cette Colonie qui nous appartient un peu » (2012).

La conférence de presse a également été marquée par la présence exceptionnelle et exclusive de Monsieur Joachim Munganga, fondateur et président de la coopérative de café congolaise « Solidarité Paysanne pour la Promotion des Actions Café et Développement Intégral » (SOPACDI). Créée en 2003, cette coopérative certifiée Fairtrade regroupe aujourd’hui plus de 13 000 agriculteurs provenant de différents groupes ethniques du Kivu au nord-est du Congo, et a pour mission de définir des solutions collectives pour permettre aux petits producteurs et travailleurs de sortir de la précarité et de générer des revenus stables et décents grâce au café.

Joachim Munganga : « On voulait que nos petits producteurs soient connus et qu’ils puissent toucher le revenu de ce café, au lieu de mettre leur vie en péril en traversant le lac pour aller le vendre au Rwanda. Il y a plus de 10 ans, nous avons donc instauré le système Fairtrade dans notre région. Et cela marche. »

La coopérative SOPACDI investit dans la réhabilitation des terres et dans les infrastructures afin d’améliorer et de professionnaliser la production du café de ses membres, et permet également d’améliorer fortement la condition des femmes, premières victimes des conflits, de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Aujourd’hui, près de 30 % des producteurs et travailleurs de la SOPACDI sont des femmes, chiffre exceptionnel, compte tenu de la place de la femme dans la société congolaise. Ce pourcentage est par ailleurs en nette progression depuis les débuts de la coopérative en 2003.

Lors de la conférence, Joachim Munganga a également relaté les enjeux économiques, écologiques et sociales d’une production durable et équitable du café sur le sol congolais, tout en portant un focus particulier sur l’avenir du café dans la région du Kivu, menacé par d’importants phénomènes d’érosion des sols, imputés au dérèglement climatique actuel. Il a également présenté les dernières actualités relatives au secteur mondial du café, ainsi que le produit phare de la coopérative, le Café Fairtrade Bio Congo 100 % Arabica, un café haut de gamme d’excellente qualité aux saveurs généreuses, vendu sous la marque Oxfam, disponible au Luxembourg dans les Boutiques du Monde et au sein de la boutique du Musée national d’histoire et d’art.

Un témoignage historique exceptionnel d’une victime du colonialisme

Dans le cadre de l’exposition « Le passé colonial du Luxembourg » du Musée national d’histoire et d’art - qui retrace notamment la collaboration coloniale luxembourgeoise et belge – celui-ci a récolté de nombreux objets, documents, lettres, œuvres d’art, photographies et bien plus encore en lien avec la question du rôle des près de 600 Luxembourgeois partis vivre au Congo ou dans d’autres colonies. Parmi ces personnalités figurent l’explorateur-naturaliste Edouard Luja, personnage grand-ducal emblématique controversé ayant contribué à la mondialisation du café Robusta, ou encore les nombreux torréfacteurs grand-ducaux du 20e siècle ayant utilisé des denrées coloniales dans le cadre de l’expansion économique du Luxembourg. $

A ce titre, Fairtrade Lëtzebuerg a souhaité réaliser une chose que peu de Congolais ont eu la chance d’obtenir par le passé, à savoir une opportunité de s’exprimer librement. Ainsi, l’ONG luxembourgeoise a fait parvenir au musée deux témoignages vidéo exceptionnels de 2 hommes originaires de la République Démocratique du Congo, qui peuvent être visionnés au sein de l’exposition jusqu’à sa clôture le 6 novembre prochain.

Il s’agit d’une part du susmentionné Joachim Munganga, président de la coopérative SOPACDI, qui témoigne du rôle crucial qu’a joué le commerce équitable dans la reconstruction de l’économie rurale, la restructuration des filières de commercialisation du café suite à la perte de l’accès au marché, ainsi que dans la pacification de ce pays ravagé par d’incessantes guerres civiles, déplacements de populations, et autres conflits partagés avec le Rwanda voisin, dont l’extrait suivant invite à la réflexion.

« Je suis reconnaissant parce que le café nous a fait grandir. Je pense à ceux qui allaient le vendre au Rwanda en traversant le lac et qui y laissaient leur vie. Il y a eu beaucoup trop de veuves, d’orphelins (...) Que Dieu bénisse ceux qui nous ont appris le système Fairtrade, car il a apporté la sécurité dans notre région, notamment grâce au travail. J’invite tout le monde à choisir ce café, parce qu’il donne la possibilité aux producteurs de mieux produire et de maintenir la paix dans la région. » - Joachim Munganga

D’autre part, l’ONG luxembourgeoise a fait parvenir le témoignage historique de Monsieur Albert Ngaboyeka Kayani, 79 ans au musée. Superviseur d’une station de lavage, il a vécu les horreurs du colonialisme pendant sa jeunesse, marquées par d’innombrables abus physiques et psychologiques sur une plantation de café au service d’un colon européen. M. Munganga de la coopérative SOPACDI et partenaire de l’ONG Fairtrade Lëtzebuerg a interviewé, puis traduit le témoignage historique de M. Albert en français, créant ainsi un lien entre un passé sombre révolu et un futur porteur d’espoir rendu possible grâce à l’impact du système Fairtrade.

Tous ensemble pour un avenir plus juste et équitable

Pour l’ONG Fairtrade Lëtzebuerg, la collaboration avec le Musée national d’histoire et d’art dans le cadre de cette remarquable exposition constitue une opportunité unique de rassembler et de fédérer différents acteurs luxembourgeois – dans le cas présent, un acteur majeur de l’art au Luxembourg – faisant office de multiplicateurs, et engagés autour d’un enjeu commun : montrer que le commerce équitable ne doit plus être considéré comme une alternative, mais simplement comme une illustration du bon sens citoyen, qui vise à atteindre plus de respect et d’égalité dans le commerce international, tout en s’engageant en faveur de modes de consommation responsables et respectueux des droits humains et de l’environnement.

Pour obtenir davantage d’informations sur les actions de Fairtrade Lëtzebuerg, les actions des différents partenaires ainsi que les dernières actualités, nous vous invitons à consulter le site www.fairtrade.lu.

 

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